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Foi, exil, témoignages, souvenirs, histoires, famille, mémoire, transmission, bled, Raho, Raho, Raho, Raho, Maroc.

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DDAR LBIDA …

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour la rentrée scolaire 1963-1964, je passais à l’aise en 5ème, c’est à dire en 2ème année de collège. Toujours à Khemisset (Lkhmiçate).

Mon père, pour suivre un de ses amis, ancien du collège d’Azrou, nommé à un « poste élevé » à Casablanca[1], a été détaché et affecté à un autre ministère.

S’agissant des cours, je pensais pouvoir m’en sortir en faisant le minimum. Les résultats du premier trimestre ont été très mauvais. Je ne m’intéressais plus aux mathématiques, je n’apprenais pas les leçons d’histoire et de géographie et je ne me souciais pas particulièrement du reste, les sciences naturelles me plaisaient, j’aimais le français et j’étais bon dans toutes les matières en arabe. Mais je n’étais pas studieux. Seul le sport m’occupait et je continuais de jouer au football sans relâche.

À la fin du premier trimestre, mon père avait décidé de me« rapatrier » à Casablanca pour continuer ma scolarité sous son contrôle direct. Il m’a inscrit dans un collège réputé sérieux, avec à sa tête un français et a donné des consignes pour que je sois sous surveillance.

Le colonialisme français a fait de Casablanca un grand centre économique avec son grand port sur l’Océan Atlantique. C’est une ville qui ne me plaisait pas. Son climat humide auquel j’étais allergique, me rendait souvent malade. Je ne me sentais pas bien et les cours ne me mobilisaient pas outre mesure.

Avec quelques camarades, à l’approche de l’été, lorsque nous n’avions qu’un cours ou deux l’après midi, nous nous rendions vers le port, pour nous baigner à « mriziga ».[2]Il fallait montrer qu’on était capable de plonger du haut d’un mur sans hésitation aucune. Je faisais comme les autres en ignorant que je prenais des bains dans « la mer des égouts ». Personne à la maison n’a jamais rien su de mes « exploits ».

Nous habitions une grande villa qui était occupée par une famille française, avant le Maroc « de l’indépendance dans l’interdépendance ». Au rez-de-chaussée, nous avions deux grands salons dont un avec de grandes baies vitrées qui s’ouvraient sur le jardin auquel on pouvait accéder et retrouver la rue par une porte secondaire assez discrète. De cette sorte, des visiteurs pouvaient arriver et repartir sans être vus par les autres occupants de la maison qui n’étaient pas au salon ni au jardin du côté de la porte discrète. Ce salon était réservé à mon père qui y recevait assez régulièrement, de nombreuses personnes. Partout, mon père a toujours reçu du monde. J’ai ainsi appris, au cours du temps, certaines choses sur des hommes dont il a beaucoup été question au cours de divers événements relatifs au Maroc de « l’indépendance dans l’interdépendance ».

Les chambres du premier étage servaient pour dormir. Dans le jardin, des dépendances avaient été aménagées pour mon frère qui vient juste après moi, deux de nos sœurs et moi.

Pour cette maison de fonction, nous disposions de tout l’équipement, d’un chauffeur, d’un cuisinier, d’un jardinier et de je ne sais quoi encore.

C’est à cette époque que j’ai commencé à vouloir accomplir la prière.[3] À la maison, personne de la famille ne l’accomplissait. Mon père a demandé au chauffeur de m’accompagner pour m’acheter une robe blanche[4]et des babouches blanches. Il pensait sans doute que cela était nécessaire. Parfois, je mettais la robe blanche et les babouches blanches et je sortais ainsi dans la rue, devant la maison où je restais un certain temps avec des camarades du quartier pour discuter.

S’agissant de l’accomplissement de la prière, je dois préciser que j’ai mis de longues années avant de m’y adonner régulièrement. Je n’invoquerai jamais assez le Créateur pour qu’Il me pardonne.

Une de mes sœurs, devenue infirmière, avait un vélomoteur « solex » que personne d’autre ne devait utiliser. Mon père l’interdisait formellement. J’arrivais cependant à « l’emprunter » de temps à autre, avec deux de mes frères. Nous prenions de grands risques. Un jour, mon frère a été surpris par mon père, en flagrant délit d’utilisation du « solex ». La tannée qui lui a été administrée nous a enlevé pour longtemps toute envie des deux roues.

M’ayant accompagné une fois à la maison, un de mes camarades de collège a eu un choc. Il n’avait jamais imaginé que je pouvais vivre dans une bâtisse de ce genre, et me baigner à « mriziga ». Par la suite, je crois qu’il a eu encore plus de sympathie pour moi, car il me trouvait simple en dépit de l’impressionnante demeure. C’est un camarade auquel je pense de temps à autre.

Durant cette année, pendant la nuit, il y a eu un séisme. Sans gravité aucune. Mon père était absent. Ma belle-mère pensait au tremblement de terre d’Agadir. Elle a téléphoné à l’administration qui a dépêché rapidement un chauffeur avec un grand véhicule pour nous éloigner des constructions de la ville. Nous sommes restés une bonne partie de la nuit vers la mer. Nous n’étions pas les seuls. Une de mes soeurs, celle qui vient juste avant moi, dormait et a refusé de nous accompagner, en dépit de notre insistance. Nous l’avons laissé seule. Le lendemain, je n’étais pas fier et j’ai eu de l’admiration pour cette sœur.

Vers la fin de l’année scolaire, je suis tombé malade encore une fois et mon père a décidé de m’envoyer à Khemisset où le climat est meilleur pour ma santé.

J’ai retrouvé ma sœur,[5]son mari et leurs enfants avec joie. Je suis resté avec eux et à la rentrée scolaire 1964-1965, le proviseur, ami de mon père, m’a inscrit directement en 3ème année, sans rien me demander. C’est ainsi que j’ai retrouvé Lkhmiçate.

Au mois de mars 1965, Casablanca a vécu des moments sanglants. La cause apparente était que le système en place avait décidé d’interdire aux élèves assez âgés de poursuivre l’enseignement général dans les lycées. Des manifestations ont eu lieu,dans beaucoup d’autres villes  y compris à Khemisset  soutenues par la participation des populations exploitées, insultées, méprisées, affamées, humiliées, souillées, haïes. Le système sanguinaire a répondu par une terreur inouïe au service de ses patrons, l’impérialisme et le néo-colonialisme. Des meurtres, des disparitions, des emprisonnements par milliers. Des hommes, des femmes, des enfants. Pas de pitié pour les indigènes. Surtout lorsque ce sont des autochtones qui sont chargés d’exécuter les basses besognes.

Peu de temps après ces événements, mon père a quitté Casablanca pour suivre son ami, muté à Taza.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

BOUAZZA

 

 



[1] La maison blanche, Casablanca.

[2] Mer des égouts.

[3] Ssla, assala, assalate.

[4] Tchamir.

[5] Décédée en 1970.

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