Overblog Tous les blogs Top blogs Lifestyle
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Foi, exil, témoignages, souvenirs, histoires, famille, mémoire, transmission, bled, Raho, Raho, Raho, Raho, Maroc.

Publicité

LE CINÉMA DE ‘ABD ASSALAM …

                                

J’avais commencé à aller au cinéma à la fin des années cinquante. Nous habitions à Rabat (Rbate) ; au quartier de l’Océan. 

À l’école, en récompense pour une bonne note, j’avais eu un billet pour aller au cinéma, le dimanche matin à 10 heures. Je ne me souviens pas du film, mais de l’étonnement de mon père lorsqu’il avait appris que j’étais allé seul au cinéma. Par la suite, il avait commencé à nous donner, de temps à autre, de quoi nous payer une séance au cinéma « ABC » ou au cinéma « Atlas », dans notre quartier. 

Est-ce à cette époque que j’ai découvert les Indiens ?[1]

« …j’ai vu au cinéma un western qui vante les exploits contre le peuple d’Amérique exterminé par la colonisation Européenne, qui a mis en place une colonisation de peuplement criminelle, esclavagiste, devenue aujourd’hui USA,[2] dont l’origine est un génocide, et qui continue son œuvre destructrice partout. Lorsque j’ai vu le western, mon cœur s’est immédiatement ouvert pour le peuple d’Amérique, appelé Peaux Rouges, Indiens ou autres. »[3] 

Ce western, je l’ai peut-être vu au cinéma de ‘Abd Sslam[4], à Khemisset (Lkhmiçate), du temps où j’allais au collège, dans les années soixante. L’analyse concernant les Indiens n’est arrivée que beaucoup plus tard évidemment. 

Le cinéma de ‘Abd Sslam était à côté du domicile de ma sœur, aujourd’hui décédée. Un petit local rudimentaire, avec des sièges ordinaires. À l’extérieur, un haut parleur diffusait les dialogues et les musiques des films. Les personnes qui n’avaient pas d’argent pour payer le droit d’entrée  et j’en faisais parfois partie  s’agglutinaient vers ce haut parleur pour suivre le déroulement de l’histoire. Certaines, qui déclaraient parfois avoir déjà vu le film, assuraient la traduction, le commentaire, l’analyse et les explications. Chacun faisait appel à son imagination et se passait son film dans sa tête. Plusieurs projections se déroulaient ainsi simultanément. 

Le fils de ‘Abd Sslam qui était mon compagnon scolaire, me permettait parfois de voir des films sans payer. Il le faisait en cachette de son père qui n’aurait peut-être pas permis, même s’il me connaissait bien, cette entorse à l’esprit commercial. Le fils prenait des risques pour moi, et je ne l’ai pas oublié. Je n’ai pas oublié non plus que parfois, le père me faisait payer la moitié du prix seulement. 

Je préférais ce cinéma au luxueux « Marhaba »,[5]sur la route Rabat-Meknès, le boulevard principal de l’agglomération. Ce cinéma avait été construit quelque temps après notre arrivée. C’est la propriété d’une famille de Fès (Fas), qui a amassé de l’argent à Khemisset. 

J’y allais bien sûr,[6] mais dans celui de ‘Abd Sslam, je ressentais une autre chaleur et une autre émotion. J’y repense avec une tendresse particulière. 

Le « Marhaba » avait mis aussi un haut parleur extérieur qui permettait, entre autres, à un de mes compagnons scolaires, impressionnant par ses multiples capacités, de nous éblouir. Il rejouait le film à lui tout seul, redistribuait les rôles, les adaptait à l’auditoire, décrivait les décors et faisait la musique. Plus tard, il est devenu employé à la compagnie des eaux, comme son père que je connaissais bien et qui est décédé depuis de nombreuses années déjà. Lorsque je rencontrais cet ancien compagnon, je ne manquais pas de lui rappeler ses exploits. Il retrouvait alors son rire d’enfant et m’offrait parfois une ou deux scènes auxquelles il m’arrive encore de penser. 

Après le décès de ‘Abd Sslam, son cinéma a été racheté par la famille propriétaire du « Marhaba ». Il a été déplacé dans un autre quartier, vers le château d’eau. L’ancien local, à l’abandon, a été transformé en dépôt de vieux objets, très peu recherchés, vendus pour de très modiques sommes. 

J’ai revu le fils de ‘Abd Sslam, il y a de cela plusieurs années à Khemisset (Lkhmiçate). De quoi avons-nous parlé ? Je ne sais plus. Mais lui et moi, pensions certainement au cinéma de son père. 

 

 

 

                                      BOUAZZA



[1]Oulad bou richa (les enfants de l’homme à plumes). 

[2]United States of America (États-Unis d’Amérique). 

[3] Texte daté de 1992.

[4] ‘Abd Sslam (serviteur de la Paix). Le nom commercial du cinéma est : « cinéma annour », (nnour, lumière).

[5]Bienvenue. 

[6]À Meknès (Mknas), j’allais au cinéma « Caméra », pas loin de notre habitation en ville nouvelle (hmria), et aussi au « Régent ». Parfois au cinéma « Empire » ou « ABC ». Tous dans un périmètre assez réduit.

 

 

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
O
J'adore<br /> Je pense que le cinéma dont tu parles, et qui aurait été "transposé" près du chateau d'eau s'appelle : "cinéma nour" (le cinéma de la lumière). ça te dit quelque chose, ce cinéma? Moi j'ai été une fois avec des cousins. Que de nostalgie. Je devais avoir 14 ans. Oui, que de nostalgie. Grâce à toi, je plonge dans un monde d'ombres et et de lumière ... Continue. Merci. 
Répondre