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MON PÈRE …

 

À travers ce que j’ai transmis jusqu’à présent, j’ai essayé, par petites touches, de faire une sorte de portrait de mon père. L’exercice n’est pas aisé. Il est même assez ardu.

Mon neveu, que je vois de temps à autre en France, a parlé un peu de mon père sur son « blog »[1], au mois de novembre 2006.

Avec sa sensibilité et son goût de l’élaboration, il a cherché à mettre en relief quelques points des multiples facettes de son grand-père maternel, et concluait ainsi :

« Il y a quelques jours à Rabat, j’ai vu de loin, mon grand-père. Il était assis à la terrasse d’un café, face à la mer. Ses yeux ne fixaient ni les vagues, ni l’horizon. Ils fixaient le néant. Aujourd’hui, je me sens incapable de porter un jugement de valeur sur sa personne, ou bien sur sa carrière, ou bien sur ses actes. Je peux à la rigueur, porter un jugement de fait, sans plus. Un personnage de roman, voilà. C’est, je crois, tout ce que je suis capable de dire. »

Quelques autres données ?

Sa mère n’a pas été à la hauteur du mariage[2] et de la famille. Elle fréquentait un autre en dehors de son époux.

Comment est-elle allée si loin dans l’incompréhension de ce qui est élémentaire pour une épouse ? Pour une mère ?

Comment s’est elle alimentée de la méconnaissance[3]de la dignité, de l’honneur, du respect de soi et de l’autre, de la confiance, de la responsabilité ?

Qui l’a empêchée de saisir le Sens ?

De renforcer le Lien ?

Pourquoi est-elle tombée dans le chaos ?[4]

Dans quel but d’autres y ont été entraînés ?

La trahison.

Savez-vous ce qu’est la trahison ?

Et qui vous dira jamais ce qu’est la trahison ?

Une nuit, l’enfant avait accompagné son père en embuscade dans un ravin, pour éliminer le coupable, [5]qui empruntait le chemin, à proximité du lieu où il était attendu.

À cette époque, les troupes colonialistes étaient engagées contre la Résistance des Indigènes. Le colonialisme enrôlait des supplétifs locaux, pour servir de chair à canon, afin de limiter les pertes parmi les effectifs de la soldatesque métropolitaine qui elle, était considérée comme de la chair à canon de « qualité », à traiter autrement.

Le mari, trahi par l’épouse [6]coupable, s’était laissé enrôler par les colonialistes de France.

Et s’était fait tuer.[7]

Comment l’enfant a t-il vécu tout cela ?

Pourquoi cette épreuve ?

Qu’est ce qu’il en a retenu ?

Quelle a été la place de ce naufrage dans son parcours ?

Quels furent ses sentiments réels en découvrant ce qu’était sa mère ?

Qu’a t-il pensé du décés de son père ?

Seul le Créateur connaît le vécu intime des cœurs.

Les années se sont écoulées.

Des saisons ont succédé aux saisons.

J’ai essayé, pendant longtemps, de rappeler à mon père[8] l’Importance de ce qui nous a été confié. La Valeur du Dépôt. La Beauté de la Foi. La Lumière du Message.

Nous sommes au Créateur, et à Lui nous retournons.

Il guide qui Il veut.

Il ne pardonne pas qu’on Lui associe quoi que ce soit, et pardonne le reste à qui Il veut.

Il Est Celui qui accorde le Pardon, la Miséricorde.

 

                                    BOUAZZA



[1] Site personnalisé sur internet.

C’est ce neveu qui a pris cette photo, du lieu de naissance de mon père et de ma mère, lieu connu sous le nom de « ‘Icha Mllouk » (Aîcha Mellouk).

[2] Lui-même ne l’a pas été. Dans aucun de ses mariages.

[3] Jahl, aljahl (ignorance).

[4] Fitna, alfitna (ftna, lftna). Le chaos est pire que le meurtre.

[5] L’obscurité était totale, et la cible n’avait pas été atteinte.

[6] Ma grand-mère paternelle et son premier époux, mon grand-père, avaient eu une fille avant mon père et une après. Suite à son mariage avec celui qu’elle fréquentait en dehors de son époux, mon grand-père, elle a eu deux garçons (dont un est aujourd’hui décédé) et une fille. Mes oncles et ma tante. Ma grand-mère est décédée quelques années après son premier mari. Leurs filles, mes tantes, que je n’ai pas connues, sont décédées quelques années après leur mariage. Le second mari de ma grand-mère a vécu de longues années après elle. Il a eu d’autres femmes. Et d’autres enfants, dont une fille, de mon âge qui était scolarisée dans le même établissement que moi à Khemisset. Elle avait épousé le frère cadet du premier mari de ma sœur institutrice. Les deux frères sont aujourd’hui décédés. Le deuxième mari de ma grand-mère aussi. Ce second mari venait à la maison où il était reçu comme le père de mes oncles et de ma tante.

[7] Ce décès a valu à mon père d’être scolarisé, de force, dans les établissements du colonialisme qui en a fait un agent administratif subalterne. À « l’indépendance dans l’interdépendance », il a été nommé à un poste « important ».

[8] Il est né en 1922.

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